Le “slow travel”, idéal pour progresser en photo

19 janvier 2022

J’ai eu l’idée de cet article il y a peu en réfléchissant à ma pratique photo et à son évolution en l’espace de 10 ans (j’ai commencé à m’intéresser à la photo durant l’été 2011). Je crois bien qu’elle a évolué en parallèle de mes voyages, doucement. Plus ceux-ci se sont faits lents, plus j’ai pris le temps de m’amuser et non plus juste “pris une photo” d’un monument, paysage ou d’une scène. Plus j’ai changé ma manière de voyager, plus j’ai trouvé de choses à dire en images. Il me semble que ressentir profondément l’instant présent est primordial pour vouloir le “saisir”.

Dans cet article, j’utiliserai le mot “voyage” au sens large, mais notez que cela peut tout à fait être en France, même dans une région voisine.

1. Ma propre relation au voyage et à la photo

À une époque, voyager était pour moi l’excuse parfaite pour faire de la photo du matin au soir : j’avais tendance à photographier tout et n’importe quoi (de la même manière aussi que j’écrivais tout et n’importe quoi dans mes carnets, sans démarche ni réflexion préalable), je levais le nez et guettais le moindre détail insolite mais paradoxalement, mon œil ne quittait pas le viseur et je rentrais avec beaucoup de photos à trier et ma façon de photographier, elle, évoluait assez lentement.

Aujourd’hui, je voyage sans aucune pression photographique. Je n’ai plus envie de rentrer avec LA photo incontournable, je veux avant tout ressentir quelque chose car il est bien plus facile ensuite de raconter une histoire en images (c’est là qu’entre en scène le vécu émotionnel). Désormais, je choisis une destination et j’en profite pleinement, lentement, à travers tous les aspects qui m’intéressent et me permettent d’en saisir toute la richesse (architecture, histoire, gastronomie, espaces naturels etc.).

J’ai toujours deux appareils avec moi (un numérique + un argentique) lorsque j’arpente ruelles, musées, bois et chemins. Parfois pourtant, je rentre en ayant pris très peu de photos : je ne déclenche plus que lorsqu’un détail m’émeut et en quelque sorte, m’y oblige.  Si ce n’est pas le cas, ce n’est pas grave.

Je n’ai pas d’obligation photographique, pas de compte à rendre à quiconque sur les photos prises ou non pendant un séjour. Je crois que c’est ce qu’inconsciemment, quand on débute, on se crée comme obstacle : parce qu’on a un appareil entre les mains, on n’a pas le droit de “manquer” le cliché d’un sujet s’il est incontournable (la Tour Eiffel à Paris par exemple). Au regard des proches, ça peut être parfois impardonnable (“à quoi ça sert d’avoir un bon appareil si c’est pour ne pas prendre le maximum de souvenirs ?”). Je ne l’ai pas entendu, mais je me suis sûrement mise toute seule une certaine pression : “j’ai la chance de voyager et d’avoir un cadre génial pour pratiquer, alors je n’ai pas le droit de ne pas en profiter pour “rentabiliser” la quantité de photos avec laquelle je rentre”. C’était vraiment une erreur, car en réalité, je profite 1000 fois plus à présent (à la fois du voyage et des photos avec lesquelles je reviens). 

Changer de décor, sans forcément aller bien loin, peut aider à dépayser. Cette photo a été prise à Avignon, qui n’est pas loin de Montpellier mais qui n’est pas non plus mon quotidien et donc excite davantage ma créativité qu’un cadre que je connais par cœur. Notez que cela pourrait marcher aussi pour un quartier de Montpellier que je fréquente peu voire pas du tout 🙂

2. Pourquoi un voyage “slow” peut-il aider à progresser en photo ?

L’intérêt de changer de contexte pour booster sa pratique photo

Mon postulat de départ, c’est que des vacances se prêtent bien à l’objectif de faire des progrès rapides en photographie. Le quotidien aussi bien sûr, mais à condition d’être constant, et c’est souvent ce qui peut être compliqué. L’avantage d’un séjour quelque part, c’est que l’on va pouvoir expérimenter pendant plusieurs jours de suite en se servant du fait que la curiosité est (r)éveillée et la créativité a priori décuplée par le facteur “dépaysement”.

En voyage, on est amené par ailleurs à adopter différentes démarches photographiques : le reportage ou photo documentaire, la photo de voyage, la photo de rue (portraits volés, scènes de vie), le portrait (de locaux), la photo de nature (morte)…. En outre, il peut aussi être plus facile d’aborder d’autres photographes dans la rue et d’échanger sur nos pratiques respectives. Que d’avantages !

L’intérêt du “slow travel”

Je trouve qu’il n’y a rien de mieux que sortir des sentiers battus pour photographier quelque chose d’intéressant. De nombreuses activités orientées “slow tourism” peuvent être incroyables à immortaliser : une randonnée à pied ou à vélo, faire le marché, visiter un site naturel, observer les oiseaux dans leur milieu naturel, découvrir un village, faire une balade en péniche, déguster des spécialités locales, prendre un verre en terrasse… L’avantage d’adopter pour un mode de voyage dit “lent”, de ne pas cocher les activités d’un “programme attendu” pour une destination donnée, c’est qu’il devient possible de passer le temps que l’on souhaite dans un endroit et de se laisser porter par les découvertes sans pression de planning ni obligation quelconque.

En prenant le temps de ressentir quelque chose, en ne se jetant pas directement sur l’appareil, on va en fait inconsciemment chercher à traduire cette émotion en photo. C’est une démarche qui va amener des choix, des tentatives, une analyse de nos photos a posteriori et parfois une déception et de la frustration (le comble étant de ne pas y retrouver ce qui nous a touché -car comment alors toucher d’autres personnes ?). Mais c’est de nos erreurs, de la déception et aussi de la frustration que l’on apprend.

Lorsqu’on voyage en mode “slow travel”, il est bien plus aisé de lutter contre la FOMO (Fear Of Missing Out) en ce qui concerne les lieux importants. En photo, ce sont rarement les sites touristiques qui font les photos les plus incroyables, ou bien, c’est que l’on aura pris le temps de vraiment découvrir et ressentir ce lieu et qu’on se le sera approprié. 

Prendre le temps d’essayer et d’oser

Petit à petit, on comprend comment améliorer ses cadrages (respect et puis affranchissement de la règle des tiers) et que l’on exerce son œil à repérer des détails, des jeux de couleurs, tout ce qui éveille quelque chose en nous… Développer son œil, c’est en fait développer son propre point de vue : oser témoigner différemment d’un lieu, de rencontres, de constats. C’est, au final, rapporter des souvenirs plus riches car capables de véhiculer une émotion personnelle. À titre d’exemple, je ne suis pas forcément attirée par les mêmes détails que mon mari lorsqu’on voyage ou que l’on cherche à réaliser simultanément une séance (100% photo, ou photo/vidéo). Parfois c’est le cas, parce qu’on est facilement sur une même longueur d’onde au quotidien et que ça peut donc se ressentir à travers nos images, parfois non et c’est alors encore plus intéressant.

Avoir des références et des modèles

Je voudrais ici souligner l’importance de posséder au moins une petite culture photographique, voire cinématographique et artistique. Ce sont des disciplines qui peuvent (doivent ?) servir d’inspiration pour débuter : commencez par observer comment tel(le) photographe/cinéaste/peintre etc. crée une ambiance, traite la couleur et la lumière, souligne un détail architectural, met en valeur des lignes, des personnes etc.

La lumière, à mon sens, est essentielle : comprendre son influence dans les œuvres qui nous touchent (et la façon dont elle est traitée en fonction de l’heure/du moment de la journée) nous offre un point de départ intéressant pour développer notre pratique. On peut faire de même ensuite pour différents points de techniques ou plusieurs sujets. Attention à ne pas copier une démarche artistique mais bien simplement à se nourrir d’une multitude d’idées qui nous plaisent : c’est le meilleur moyen de comprendre ce que l’on aime ou non et de finir par réaliser une “tambouille personnelle”.

3. Qu’est-il nécessaire de maîtriser avant de partir ?

Je vous conseillerais d’apprendre dans un premier temps juste le nécessaire de théorie pour être capable de prendre des photos en mesure de témoigner de votre vécu et de votre ressenti : l’art de la composition, la maîtrise de la profondeur de champ et la compréhension de la lumière. 3 gros morceaux, certes, mais qui sont à la base de ce que vous cherchez à faire : écrire avec la lumière (à l’origine-même du mot photo-graphier).

Il vous faut donc connaître et comprendre l’essentiel des réglages à effectuer sur votre appareil pour apprivoiser la lumière et la profondeur de champ. L’intérêt est qu’une fois sur place, votre attention puisse se focaliser sur autre chose et que votre créativité ait toute la place de s’exprimer. La bonne nouvelle ? Vous ne serez pas obligé(e) de connaître le mode manuel sur le bout des doigts (mais ne rêvez pas, il vous faudra quand même abandonner le mode auto de votre appareil). J’y reviens plus bas.

Si vous souhaitez utiliser un logiciel de post-traitement (type Lightroom) pour aller un peu plus loin avec vos photos, ça peut être une bonne idée d’apprendre à vous en servir avant, sur des photos du quotidien. Ainsi, une fois de retour avec vos photos de voyage, vous ne serez pas frustrés de ne pas pouvoir prolonger l’intention photographique avec un post-traitement en adéquation.

Pour réaliser ces trois photos, il est nécessaire de maîtriser le concept de profondeur de champ et de comprendre comment le changement d’ouverture sur un objectif impacte cette dernière. Je shoote très souvent à très grande ouverture, pour profiter d’une profondeur de champ faible et donc de beaux flous sur mes photos (soit au premier plan, soit en arrière-plan).

4. Comment s’y prendre une fois sur place ?

Prendre les photos rassurantes en premier, si besoin

Si vous avez vraiment peur de rater vos photos et de regretter de ne pas photographier les must-see (avec le temps, on s’en détache, mais dès le premier voyage dans l’idée de pratiquer la photo, ça peut être dur), n’hésitez pas à prendre 5 min sur un lieu pour faire les photos qui vous rassurent. Ensuite seulement, concentrez-vous sur ce que vous ressentez et cherchez comment trouver de nouveaux angles pour l’exprimer de manière créative. Ainsi, vous ne risquerez pas une énorme frustration dès le premier séjour et vous obtiendrez de surcroît une superbe matière sujette à comparaison. En effet, vous pourrez déterminer lesquels, entre les clichés pris rapidement dès l’arrivée et ceux réellement réfléchis vous plaisent davantage, et surtout pourquoi (je doute que ce soit les premiers). Utile et surtout gratifiant pour mesurer une progression !

Faire du mode Priorité Ouverture son allié

Bannissez les modes auto, paysage et macro de votre appareil (spoiler : le mode macro est au mieux un mode proxi, rien à voir avec la macro car il n’en aura pas le facteur de grossissement à moins d’y visser un objectif spécial). Si vous possédez un compact expert, un reflex, hybride ou tout autre appareil proposant les modes manuel, priorité vitesse et priorité ouverture, vous aurez un potentiel bien supérieur en termes de créativité au moment de la prise de vue.

Je vais vous donner ici un conseil que peu de professionnels donnent : en voyage, appropriez-vous le mode ouverture plutôt que le mode manuel (sauf si vous partez très longtemps et pouvez vous permettre de passer vraiment énormément de temps dans un seul et même lieu). Le mode ouverture est plus simple à maîtriser et il est plus créactif (néologisme de mon cru qui se veut une contraction entre les mots “créatif” et “réactif”), dans la mesure où l’on agit uniquement sur l’ouverture du diaphragme. L’appareil calcule automatiquement la vitesse nécessaire pour une exposition correcte par rapport à celle indiquée avec le curseur de correction d’exposition (sur lequel il vous faudra garder la main manuellement car certaines situations peuvent nécessiter une sur-exposition ou sous-exposition volontaire). Pour faire simple, le mode ouverture est davantage indiqué pour saisir une scène se déroulant sous vos yeux en faisant de l’importance de la zone de netteté (ou “quantité de flou”) une priorité. 

Le mode manuel maîtrisé sur le bout des doigts est évidemment efficace, mais il nécessite de régler davantage de paramètres, et vous savez quoi ? Hors conditions lumineuses compliquées, je l’utilise assez rarement, même pendant mes séances pro. Comme d’autres professionnels en photo lifestyle et de mariage, je préfère ne pas m’encombrer de technique si elle n’apporte rien à ma photo et optimiser plutôt ma (c)réactivité pour saisir l’intensité d’une expression ou la grâce d’un mouvement, soigner la composition et veiller à 1000 autres détails (notamment en photo de portrait). Je travaille principalement à très grande ouverture (= zone de netteté très réduite) et devoir associer une vitesse pertinente est une démarche qui peut me faire rater une mise au point ou un éclat de rire soudain (alors même que l’appareil le gère à la perfection). Je préfère faire en quelque sorte l’inverse, c’est-à-dire laisser le boîtier calculer la vitesse et avoir à compenser la lumière uniquement si nécessaire.

Pour autant, la technique ne doit pas faire peur et je trouve qu’il est important de savoir jongler entre les modes (ouverture, vitesse ou manuel…) en fonction de ses besoins ou des contraintes imposées par un contexte particulier. 

Sans avoir réglé mon appareil en mode ouverture, je n’aurais probablement pas pu prendre cet avion pile au bon endroit (volontairement centré pour un rendu symétrique un peu différent de ce que je fais d’habitude). Pour le jeu de symétrie de la photo de droite, en revanche, j’ai pris le temps de la composer donc j’aurais pu tout à fait être en mode manuel : je préfère néanmoins ne pas me priver de la possibilité de rapporter ces deux photos et d’avoir la fierté de la capture à l’instant décisif.

Penser aux autres réglages

Faire (un peu) confiance à l’appareil

Je vous invite donc à bien connaître votre appareil mais à savoir aussi vous détacher autant que possible de la technique si elle n’apporte rien à votre volonté photographique à un instant T (je préfère une photo bien composée en mode ouverture qu’une composition plus bancale ou une photo surexposée en mode manuel). Autre argument en faveur d’un peu de lâcher prise sur les automatismes acceptables de la part du boîtier : ne pas laisser la technique prendre le pas sur le voyage ! Si vous voulez profiter aussi (et surtout) du voyage en lui-même, d’autant plus si vous êtes accompagné(e) et que vous ne souhaitez pas que ce voyage soit un calvaire pour les autres : laissez l’appareil gérer ce qu’il maîtrise bien, canalisez-le et orientez-le sur ce qui relève de la démarche photographique ou sur ce qu’il a plus de mal à réaliser par lui-même. 

Les ISO

En ce qui concerne, par exemple, le choix des ISO : quitte à spécifier un plafond à votre appareil (s’il le permet) afin d’éviter le bruit en faible luminosité (s’il monte difficilement au-delà de 1600 ou 3200 ISO), laissez-lui choisir la quantité de lumière nécessaire. Les appareils gèrent en général très bien ce point ! Il peut être contraignant de vérifier tout le temps la valeur des ISO si la météo est très changeante ou si vous alternez souvent intérieur/extérieur, et personne n’est pas à l’abri d’un oubli. Personnellement, je trouve dommage de faire une photo à 800 ISO quand on peut la faire à 200 ISO, cette souplesse est quand même l’un des avantages du numérique sur l’argentique (une pellicule = une valeur ISO valable pour l’ensemble des poses, il vaut mieux viser juste). 

La balance des blancs

Autre exemple de lâcher-prise sur les réglages : la balance des blancs. C’est un paramètre dont je ne me soucie jamais (je le laisse sur automatique) car il est insignifiant pour moi. Au besoin (en cas de mauvais calcul de l’appareil, et ça arrive), une correction est possible et facile en post-traitement, je préfère donc porter mon attention sur autre chose (une étiquette qui dépasse d’un vêtement, une mèche de cheveux gênante, un pli disgracieux qui demanderait un travail énorme en retouche etc.).

La mesure d’exposition

En revanche, point d’automatisme pour la mesure d’exposition, mais une relative souplesse. Par défaut, je la laisse sur le mode de mesure pondérée centrale (qui correspond à 95% des situations que je rencontre, si pas davantage). En cas de besoin, je bascule sur le mode de mesure spot pour aider l’appareil à mieux gérer les contrastes forts de luminosité : c’est le cas typique de la photo de nuit ou de concert (comme j’ai pu pratiquer professionnellement par le passé) ou encore d’un sujet blanc sur fond noir ou inversement.

Autofocus ou mise au point manuelle

L’autofocus est défini sur “activé” mais j’ai des objectifs pros qui me permettent, en un mouvement de bague, de basculer en mise au point manuelle en cas de mise au point difficile (en macro, cela arrive par exemple très souvent). Pour ma part, je n’utilise que le collimateur central en pratiquant la technique du “centré/décentré” : elle permet de faire la mise au point en enfonçant le déclencheur à mi-parcours, de composer puis de finir de déclencher. Cela me paraît la plus rapide et efficace (je ne rencontre pas de problème d’exposition, mais je sais que je peux verrouiller cette dernière si nécessaire). Avec les années, c’est  tout un process qui est devenu en tout cas totalement instinctif, je n’y pense jamais.

Je suis parfois “contrainte” à la mise au point manuelle (en vrai, j’adore ça !), notamment lorsque j’ai recours à un objectif argentique.

Shooter en RAW

Si vous souhaitez pouvoir rattraper une erreur d’exposition (plutôt une sous-exposition) et avoir davantage la main sur le post-traitement, je ne peux que vous conseiller de shooter en RAW. C’est un format plus lourd et qui nécessite un logiciel de traitement spécifique (Camera Raw, Lightroom etc.) mais qui devient assez vite indispensable. Traiter un RAW revient en quelque sorte à développer une photo, le choix de la colorimétrie en prime en mode cas par cas.

Je n’ai pas eu besoin de changer ma mesure d’exposition pour réaliser cette photo, mais dans un contexte de contraste plus prononcé (comme en concert par exemple, où un artiste serait éclairé mais le reste de la scène très sombre), la mesure “spot” peut se révéler incontournable.

Ne pas hésiter à se déplacer

Astuce qui me semble essentielle en photographie : il ne faut pas hésiter à bouger autour du sujet, à cadrer d’en haut (plongée), d’en bas (contre-plongée), au ras du sol, à hauteur d’enfant (ou d’animal), à chercher et tester les angles pour trouver le meilleur possible pour mettre en valeur un sujet ou traduire une idée. De même, apprenez à cadrer de très près ou au contraire très large, en format paysage ou portrait (pourquoi pas au format carré si possible nativement sur l’appareil) :  bref, variez les possibilités et amusez-vous, en voyage comme au quotidien !

Varier les profondeurs de champ

J’ai abordé ce point à travers le mode priorité ouverture : la profondeur de champ est un critère à mon sens essentiel dans le travail de votre photo. Une faible profondeur de champ aide à détacher le sujet ou l’action de l’arrière-plan (ou à rendre votre photo plus poétique). Une grande profondeur de champ permet de rendre toute une zone nette (davantage adaptée à la photo de paysage, même si en fonction de mon intention, je jongle volontiers entre les deux).

De manière générale, je peux conseiller les ouvertures suivantes (à adapter/déconstruire au fur et à mesure de l’évolution de votre pratique) : f/7 à f/9 pour un paysage ; f/2 ou moins (idéalement f/1.2 ou f/1.4) pour un portrait humain ou animal (attention de bien avoir les yeux du sujet nets) ; f/2 pour des photos de nature (f/4 à F/5.6 si macro). 

Petit point sur l’argentique

Petit aparté avant de conclure ce long article : la photo argentique m’a sûrement apporté beaucoup dans ma pratique en voyage, notamment une certaine forme de détachement.

Le plaisir photographique est décuplé par le défi que représente cette technologie, car le résultat est toujours inattendu (la surprise, bonne ou mauvaise, est pour le retour et permet de prolonger le voyage). Prenez tout de même en compte qu’il est plus dur de progresser rapidement sans voir le résultat instantanément, mais ça peut être un challenge intéressant lorsqu’on n’est plus forcément débutant (soit en 100% argentique, soit en complément du numérique, ainsi que je vous en ai parlé plus haut… pour ma part, je pratique les deux en fonction de l’humeur !). 

En faisant développer ces deux photos, j’ai eu une surprise. Celle de gauche est issue d’une pellicule Lomo Redscale, celle de droite d’une Fuji C200. Pour chacune, je ne m’attendais pas à ce rendu particulier : la lumière est beaucoup plus belle que ce à quoi je m’attendais pour celle de gauche, et si j’ai souvenir d’avoir joué avec des brindilles à grande ouverture pour celle de droite, je ne m’attendais pas à ce que le flou fonctionne aussi bien et à ce que cela donne un effet aussi prononcé (j’aurais dû ouvrir moins pour avoir l’effet que j’avais en tête, mais au final j’adore le résultat !).

Pour conclure, je dirais que photographier au diapason du slow travel, c’est certainement considérer la qualité des photos rapportées plutôt que la quantité, et prendre son temps. Cela ne doit bien sûr pas empêcher la réactivité et de déclencher spontanément si on le souhaite, mais il n’est pas nécessaire de déclencher un peu “à tort et à travers” et de cumuler les prises de vue pour retranscrire un voyage.

Si le slow travel est l’éloge du voyage lent, on peut en déduire qu’y intégrer une part de pratique photo en fait adopter le rythme : j’aime me dire qu’aujourd’hui (et depuis quelques années en vérité), je “slow photographie”. J’essaie de retranscrire une scène sous forme de série photo pour gagner en cohérence et mieux la raconter, et j’appuie nettement moins souvent sur le déclencheur. Deux bonnes nouvelles : ça rend le post-traitement des photos de voyage plus rapide, et surtout, c’est une démarche qui devient petit à petit tout à fait instinctive 🙂


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